Monday, October 29, 2007

Monica L. entre en campagne des présidentielles 2008 aux USA




Aux portes des primaires qui décideront de la nomination du candidat républicain aux élections présidentielles américaines de 2008, Mitt Romney s’est arrêté en Iowa pour inaugurer une nouvelle formule d’attaques contre la démocrate Hillary Clinton. En effet, Romney a enfoncé la porte des primaires en évoquant pas moins que le scandale Lewinsky. Ce qui est aussi fracassant que nouveau.

Cette manoeuvre avait été élégamment contournée jusqu’alors, et par tous les candidats républicains. Mais, on se souvient assez de la panique qui a pris les huit candidats républicains dans les débats les plus récents, pour comprendre que, soudainement, les stratégies échappaient à leurs auteurs. Vrai, pour gagner, Romney doit être le parangon des valeurs familiales les plus vertueuses. Et donc, il se pose en ferme défenseur des unions conventionnelles et contre le mariage gay. C’est pourquoi, il affirme qu’il placera des juges dans les plus hautes instances de la loi aux Etats-Unis, en fonction de leurs choix préalables, qui abonderont en sa politique aux teintures assez homophobes. Et pour que des lois favorables aux homosexuels ne passent jamais.

Par ailleurs, il se raidit subitement sur le droit des femmes de choisir et d’avorter, le cas échéant. Et il martèle cette position dure, en donnant à voir sa propre famille comme le seul modèle qu’il juge assez exemplaire, pour que ses moeurs soient imposées à tout le pays. Pourtant, il ne parvient pas à étouffer les plus ardentes critiques qui le disent opportuniste. Et qu’elles viennent depuis son propre camp. Puisque les positions qu’il défend aujourd’hui bec et ongles de l’aigle chauve, ne lui viennent que depuis peu. Auparavant, il était bien plus tolérant, car ses choix de stratégies électorales l’exigeaient.

C’est ainsi qu’il n’eut plus d’autre munition sous la ceinture, que de tirer à boulette chauffée au blanc sur Hillary Clinton, pour l’atteindre par un ricochet sur son mari Bill Clinton et ses écarts conjugaux avec Monica Lewinsky à la Maison Blanche. C’est donc une vieille histoire qui remonte à la surface de cette campagne qui se radicalise. Désormais, on dit aux Etats-Unis que se référer au scandale Lewinsky serait, pour le Parti Républicain, comme de marcher sur la glace si fine qu’il l’entend déjà craquer.

Car d’une part, cette affaire avait vastement profité à la popularité de Hillary Clinton, qui reçut involontairement un grand vent de pitié compatissante. Et c’est ainsi qu’elle sut trouver rapidement et aisément le marchepied des femmes pour la Maison Blanche. Par ailleurs, les familles américaines en ont soupé de cette monstration de l’Amérique par le biais de ce scandale, dont la plupart voulaient qu’on le basculât vitement par la petite fenêtre de derrière. Afin que le monde l’ignorât complètement. Et pour éviter le ridicule à l’Amérique puritaine, désormais trop déflorée et violemment.

Pis encore, les femmes sanctionneraient électoralement des attaques aussi indignes de la part du ligueur de vertus Romney contre Hillary Rodham Clinton. Quand c’est son mari qui a fauté et jamais elle. On comprend pourquoi, ni Giuliani, ni Huckabee, non plus que McCain n’ont pipé mot autour de ces événements usés, dont le souvenir mal éveillé surgirait en diableries par le ressort d’une neuve boîte de Pandore... Autrement dit, on sait comment ça commence et jamais comment ça finit.

Demian West

Thursday, October 25, 2007

Obama moins gay qu’évangéliste.




Le sénateur de l’Illinois et candidat démocrate à la Maison Blanche, Barack Obama vient de mettre le feu aux foudres des organisations pour la défense des homosexuels aux Etats Unis. En effet, Obama avait mis en oeuvre une tournée de concerts de chants gospel pour draguer à mort l’électorat des évangélistes noirs.

Et dans le même temps, que Hillary Clinton fait un malheur en Caroline du Sud, où elle ratisse large toute la communauté noire pour faire la nique à Obama, qui est son rival dans ces débats exquis pour le leadership du Parti Démocrate. Ne rions pas, en face c’est tout pareil chez les Républicains.

Pour son malheur mal anticipé, Obama avait invité un chanteur Donnie McClurkin qui chante parfois et en coulisse de drôles de chansons, dont celle-ci : "l’homosexualité est une malédiction qui ne saurait être guérie par la prière". Voilà qui est dit sans détour ni nuance, mais avec une franchise assassine dans le pays prompte au lynch.

Aussitôt, le Président de "Human Rights Campaign", Joe Solmonese a frappé du poing sur son portable et il a exigé d’Obama qu’il boute ce crooner à femmes dans la salle d’attente de la campagne. Mais, Obama n’aime pas qu’on commande à ses manières d’apprécier les homosexuels. En conséquence, il a choisi l’option d’inviter un religieux éminent et ouvertement gay, le Révérent Andy Sidden. Pour qu’il ajoute à ce concert, qui tourne au règlement de compte dans une fervente boîte gay, ses points de vues sur le sujet. Et que la conversation sur scène fasse vite oublier ces dissensions, qui se sont déjà étendues au net et par tout le monde, jusqu’ici mazette !

Il reste que cette affaire de moeurs légères a finalement bien démontré que les évangélistes ne seraient pas moins éloignés du pouvoir, si les Républicains les plombaient plus encore, avec leurs guerres fratricides pour la conquête de la seule chaise du pouvoir à la Maison Blanche. Car Obama y introduirait aussi les évangélistes à White House. Sinon Hillary Clinton s’en chargerait exquisément puisqu’elle les revendique d’une même main.

Bien sûr, la chose s’est achevée par un beau discours plein d’idéal, et dans lequel Obama confirmait qu’il luttait contre l’homophobie, qu’il n’avait même jamais vue. Et ce pendant qu’il laissait toute voix et vocalises à McClurkin dans les concerts du drôle de gospel électoral.

Demian West

Le buzz Hillary du Drudge Report




Le journaliste internet Matt Drudge suit de si près la carrière de Hillary Clinton que, dans la presse américaine, on se prend à penser qu’il en serait le plus sûr artisan. En effet, c’est lui qui dévoila l’affaire Lewinsky qui ruina la présidence de Bill Clinton. Mais que ces révélations firent, dans le même temps, le plus sûr lit de la popularité de Hillary Clinton, l’épouse outragée publiquement. A ce qu’on dit tantôt.

Aujourd’hui, le site internet de Matt Drudge est un lieu de rencontres des plus fins museaux en cherche de scoops et surtout des dernières rumeurs les plus affolées, chaque minute. Tous y viennent par millions, et des trains de chefs d’entreprises médias jusqu’à la concierge qui sait surfer dans l’escalator. Et quand tout le monde sait que bien des scoops sur le Drudge Report sont douteux sinon carrément faux à outrance. Ils font tout de même la nouvelle, puisque tout le monde en parle et quoi qu’il puisse arriver. C’est dire l’influence de ce lieu de perdition de l’inferno internet.

Eh bien, c’est ce lieu que la candidate Hillary Clinton suit de si près qu’une ligne directe relie Tracy Sefl, une personne officielle d’un précédent comité national des Démocrates, au journaliste Matt Drudge. Et pour que les infos circulent dans les deux sens, entre Drudge et la candidate démocrate. Ainsi, quand Hillary toussa lors d’un discours, Matt s’empressa de balancer quelque belle pharmacie de gentillesse sur son blog, en lui souhaitant un bon rétablissement si assuré qu’elle n’était pas malade du tout. Et parce qu’il a tout simplement besoin de Hillary, il le reconnaît amplement.

En revanche, quand Obama, le candidat démocrate concurrent de Hillary, allait frapper du poing un discours important sur l’Irak, quelques minutes avant ce show démocrate, Hillary communiqua sur-le-champ à Drudge les chiffres des fonds alloués à la campagne. Et ce sont ces chiffres qui firent la une et qui couvrirent le discours de Obama dans les mainstream médias. On saisit la civilité entre amis du même camp, qui ne se refusent aucun coup bas, un peu comme en France électorale.

On sait bien qu’en France et en hiver, le renard et le blaireau font parfois terrier commun pour mieux se tenir chaud mutuellement. Et dans la politique c’est tout pareil. Et ça marche pour le bénéfice des 422 millions d’internautes qui noyautaient le mois dernier ce site du diable joyeux, où nul ne sait plus reconnaître la vérité des rumeurs éjouissantes qui deviennent des news, par le fait des seuls médias qui sacrent l’info comme ils veulent.

Demian West

Wednesday, October 24, 2007

Hillary Clinton attaque la Maison-Blanche




Mardi à Denver sur le campus du Metro Stage College, le sénateur de New York et prétendante démocrate à la présidence 2008 Hillary Rodham Clinton s’est livrée en une attaque en règle contre le duetto Bush-Cheney. En effet, pour rendre les coups qu’elle a reçus durant le week-end dans les débats des républicains très remontés contre sa haute figure médiatique, Hillary a dénoncé les manoeuvres politiques de la mauvaise gouvernance de l’équipe sortante.

Elle a explicitement insisté sur le fait que la théorie de Cheney, sur la nécessité d’un pouvoir exécutif unitaire, était un dispositif de pure et simple préemption du pouvoir par le biais de collusions et de rassemblement de tous les pouvoirs en un seul au service de leurs seuls politique et intérêts.

Par ailleurs, la démocrate a clairement exprimé que le couple Bush-Cheney a pris habilement prétexte des événements terroristes du 11 septembre 2001, pour imposer leurs méthodes anticonstitutionnelles comme des lettres de cachet ou d’autres décisions autoritaires, et sans jamais passer par le filtre impératif du Congrès. Ce qui est nouveau, puisque tous les présidents, dont Lincoln, s’espaçaient certes dans le pouvoir autoritaire parfois, mais qu’ils laissaient toujours le Congrès ratifier leurs décisions, à la fin.

Pire encore, Hillary Clinton précise que l’équipe Bush-Cheney a refusé de proposer des décisions au Congrès qui les aurait acceptées en tant que projets constitutionnels. Et qu’ils ne les ont pas proposées par simple principe autoritaire qui voulait snober cette instance essentielle du peuple américain.

Il reste que la presse s’interroge sur la sincérité des déclarations lyriques de Hillary Clinton, quand les médias se souviennent des habitudes et coutumes de la Maison-Blanche lorsque le couple Clinton y régnait. Hillary prétend qu’elle ira au rebours de tels excès qui sortent les sortants. Mais a-t-on jamais vu un homme de pouvoir, ce qu’Hillary est indéniablement sous ses tailleurs malhabilement fashion, abandonner les prérogatives et excès de pouvoir de ses prédécesseurs ? Surtout lorsque l’un d’entre eux fut son propre mari Bill Clinton le copain biaiseur de Monica.

Pourtant, elle affirme qu’elle déléguera une grande partie du pouvoir exécutif . Il nous sera donc permis de lire ses déclarations dans le contexte de la bataille électorale, qui monte en puissance vers les primaires. Quand chaque camp étudie ses candidats qui se battent entre eux pour le leadership dans les partis respectifs, tout en joignant à leurs discours quelques promesses élégantes pour alimenter le rêve du public qui a coutume de s’extasier à ce spectacle des promesses qui ne seront jamais tenues. Comme chacun le sait, quand le rideau tombe et que la salle se vide vers le dernier métro des regards désenchantés et entendus.

Demian West

Tuesday, October 23, 2007

Le "demolition derby" des Républicains vers la présidence 2008 aux Etats-Unis

Dimanche soir à Orlando, on avait mis le ring des grands débats télévisuels pour accueillir les éléphants du GOP (le Grand Old Party républicain) et sous l’oeil impatient des caméras de Fox News Channel. Autant dire que tout le peuple américain en reçut pour son argent du "Gunfight at the Ok coral".

Auparavant, la journée, des votes conservateurs et évangélistes à Washington, s’était achevée sur le constat d’échec des stratégies mises en oeuvres par les influenceurs intégristes, pour qu’ils s’assurent le pouvoir à la Maison-Blanche. Les religieux en sortirent avec cette nécessité de choisir rapidement un tierce candidat, qui serait plus sérieux que Romney ou Huckabee. Et pour battre Giuliani, qui est jugé trop opportuniste dans ses choix religieux. A la vérité, Giuliani se déplace rarement au culte le dimanche. Aussi, l’idée de fonder un parti carrément religieux vint au jour.

Dimanche, le ton fut plus conservateur que religieux, avec une nuance nécessairement plus politisée et personnelle. Car, pour gagner le suffrage du GOP et du public, les huit candidats durent soutenir une démonstration de purisme conservateur sur le mode personnel, par laquelle chacun mettait en avant ses qualités les plus endurcies vers l’ordre et la loi. Tant et si bien que pendant la première partie du débat, les débatteurs se sont lâchés en une joute si fratricide, qu’elle sembla une mêlée moins joyeuse qu’au rugby, et comme si les moeurs de la politique française avaient émigré aux Etats-Unis en un week-end.

Les opposants à Romney l’attaquèrent sur ses précédents soutiens à l’avortement et au droits des homosexuels. Quand aujourd’hui, il est tout contre. Et quand Giuliani est aussi tout contre, mais parce qu’il flirte ouvertement avec ces nombreuses voix du centre qui sont favorables au mariage gay et au droit de choisir des femmes. Les conservateurs du GOP le soupçonne donc de faire basculer le camp des plus raides Républicains, vers un flirt poussé avec la politique démocrate de Hillary Clinton.

Huckabee, pris de panique devant ses frondes qui minent certainement le camp dont il se veut le plus pur représentant, parla de "demolition derby". Quand il se réjouit de n’être pas venu dans les primes instants de ce débat du massacre républicain. Il ajouta pourtant, avec quelque humour de fin stratège, qu’il emporterait la partie républicaine sur les corps de ses adversaires tombés au champ d’honneur des médias, ce dimanche soir de l’épouvante.

Et Giuliani ne fut pas en reste d’humour, quand il assura qu’il avait rempli son quota de mariages conventionnels, durant son mandat de maire de New York, en lâchant du bout des doigts : "Entre hommes et femmes, enfin, je l’espère... On est à New York, tout de même." Tous n’ont pas forcément aimé ce joke trop cultivé, et lancé par un candidat si prompte au divorce qu’il ne saurait le cacher.

Plus la chose allait en enflant et plus tous - dont Mac Cain et Thompson - de ratisser large jusqu’à la guerre du Vietnam. Pour établir leur pedigree de vrai et pur conservateur qui sait garantir les meilleurs plats républicains de la politique bien de chez l’Oncle Sam.

C’est donc une véritable déchirure qui s’est nettement ouverte dans la famille républicaine. Car elle doit choisir entre les voix des religieux, sans lesquelles nul ne saurait gagner, et les voix plus ouvertes aux idées progressistes des démocrates. Et que ces voix hésitantes au centre feraient peut-être le miracle. Puisque Hillary Clinton ne saurait vaincre aussi facilement, quand aucune femme n’a jamais accédé au plus haut siège des Etats-Unis.

Dans la seconde partie de soirée, on en vint enfin au vraies questions de fond et donc au programme des Républicains contre la politique des Démocrates. On tenta d’assassiner vaguement et politiquement Hillary Clinton. Tout d’abord, en l’accusant qu’elle ne saurait pas tenir les comptes. Ce qui serait un comble, pour une femme censée être une bonne ménagère, puisque américaine. On entend bien le ton acide qui fut le plus répandu dans la tribune républicaine, et tout pour se moquer de la femme Hillary.

Enfin, les candidats républicains dirent que Hillary Clinton envisageait de ruiner les caisses du pays par ses prévisions fantasques, et singulièrement pour le système de santé publique. Et qu’en fin de compte, c’est "l’Amérique qui ne saurait se payer Hillary à la présidence." Puis, ce fut la volée de bois vert sur Woodstock, dont Hillary voudrait promouvoir un concert du souvenir, et dont le coût serait estimé au million de dollars. Mc Cain acheva le concert en lâchant que "Woodstock fut certainement un grand événement culturel et pharmaceutique... mais qu’il était pris ailleurs à ce moment." Au Vietnam s’entend et dans une occupation guerrière et virile, qui n’était certainement pas dans les prérogatives de Hillary, par le fait féminin.

On le constate, les boulets, de celui qui a la plus grosse guerre, volaient au ras des nuques dans cette soirée disputeuse du "demolition derby" des conservateurs. Et dans une campagne ou dans une partie de chasse qui n’est pas encore ouverte.

Demian West

Monday, October 22, 2007

Le suicide évangéliste avant les primaires aux Etats-Unis

En guise de sondage sur le vif qui saurait annoncer le résultat des primaires des présidentielles aux Etats-Unis, le camp républicain s’est réuni le 20 octobre à Washington et sous l’aile jalouse des évangélistes qui réclament leur part. En effet, c’est une coutume de la politique américaine qu’on sache où l’on pose ses pieds. Ainsi, les grands donateurs aux partis qui s’affrontent pour gagner la présidence peuvent-ils élire, en quelque sorte, leur champion dans des meetings aux allures de vente à l’encan.

Le GOP ou "Grand Old Party" des républicains compte huit candidats aux primaires et mieux encore, aux élections présidentielles du pays qui prétend à gouverner les deux hémisphères. Leur leader est Giuliani qui semble le seul à pouvoir assurer une position nationale. Pourtant, il jette quelques doutes dans le camp évangéliste, puisqu’il tolère explicitement le droit à l’avortement, qui est éliminatoire et non négociable pour ces religieux de l’extrême. Par ailleurs, pendant cette assemblée à Washington, Giuliani n’a pipé mot sur ses timides ouvertures vers le mariage homosexuel. Ce que tous les donateurs Bible au poing attendaient. L’assemblée pensa défaillir quand Giuliani lança tout en se retenant à temps, qu’il voulait " réduire les adoptions et favoriser les avortements" quand le tumulte de la foule tourna au rire aigre. Il reste que Giuliani avance par la force persuasive de son "nettoyage" de toutes prostitutions et pornographies à Time Square, en tant que maire de New York.

Les leaders évangélistes, dont Bauer le sponsor du meeting, soutinrent deux candidats Huckabee et Romney. Ce sont eux qui firent l’enjeu de ce sondage vers les primaires. Huckabee passa derrière Romney, et de peu. Toutefois, c’est Huckabee qui emporta sans conteste, car ses voix venaient en majorité des donateurs présents. Et qu’ils comptent plus que les voix venus des internautes qui épaulèrent Romney.

La question est d’importance, car le dilemme pour les évangélistes est de savoir quelle voie prendre pour mieux distribuer leurs forces et pour gagner, comme au bon vieux temps de Reagan et de Bush Senior. En préalable, il apparaît déjà que le camp républicain met trop de candidats dans la joute, et manifestement dans un certain désordre. Quand le camp démocrate se joue entre deux candidats très charismatiques, le candidat à teinture ethnique Obama et Hillary Clinton de l’étoffe des femmes, ce qui est doublement nouveau. Et nul doute que le candidat démocrate se dégagera nettement et bientôt. Puisque la trêve des coups bas entre Clinton et Obama vient d’être rompue par toutes sortes de mots fratricides vus à la télé.

C’est donc une course folle qui s’est précipitée, quand Huckabee a prononcé autant de thèmes et de propos religieux que de termes politiques dans son discours. C’est dire si la puissance évangélique et ses influenceurs ne veulent rien se refuser. A tel degré que, par crainte de perdre, certains évoquent le soutien pour un troisième candidat dans le GOP. Car Huckabee est réputé économiquement faible pour prétendre à emporter cette course de fond. Ce troisième candidat des évangélistes serait un opposant à Giuliani, s’il venait à triompher aux approches des primaires. Pire encore, des évangélistes à bout parlent même de la création d’un troisième parti. Ce qui déchire définitivement les forces mêmes des évangélistes, et si près de la saison des primaires quand les fruits tombent.

Tant et si bien, qu’on parle déjà sur CBS News et dans la presse américaine, sur le ton amusé sinon du démontage, que la mouvance évangélique s’adonnerait au goût du suicide, à tout le moins politique, quand leur religion l’interdit expressément. Il s’agit bien de la peur de perdre qui sait affoler le GOP, au début même de la course à la présidence qui s’annonce mal. On le reconnaîtra aisément.

Demian West

Thursday, October 18, 2007

De l’utilité du Journal Citoyen en tant que médium inaugural au XXIè siècle.

La plupart des matins de la sainte semaine, je me connecte à Agoravox. Je le fais avec le sens intime d’une bonne machine de notre temps, mais pas automatiquement et donc assez naturellement. Car, c’est ma coutume de m’y rendre. Puisque là, je suis assez assuré de pouvoir y lire quelques bribes et lopins de textes inusités. Parmi de nombreux textes convenus qui semblent sans intérêt et plus ou moins inspirés par l’étude de la Bible des machines à écrire prosternées. Parce qu’ailleurs c’est-à-dire dans le monde des médias rangés sinon arrangés, le langage convenu serait la règle et la norme qui savent savamment stériliser le monde de l’imaginaire. Et qu’on l’appelle tantôt l’information du centre ville.
Toutefois, la valeur ajoutée d’Agoravox me semble émerger de cette confrontation que le médium nous assure et nous distribue en des rôles joués par avance. En effet, en entrant son "login" on accepte certainement d’être apposté face à la pire adversité des nôtres pensées et opinations personnelles. En effet, ici, en Faust goethéen qui avance de ce pied-là sur le seuil des forums débattus, chacun rencontre à coup sûr son contradicteur le plus acharné, qui monte certainement à droit fil depuis les enfers du café du commerce. A ce qu’on dit tantôt dans la Presse professionnelle. Et ce semble bien le principe même, qui est surfément balancé au creux du dispositif conçu par les brethren lumineux de Rosnay & Revelli (un film sur leurs vies est probablement en préparation).

C’est un peu, comme si un banal lepéniste devait, au seuil d’Agoravox, envisager sur-le-champ et presque naturellement d’étudier la sublime langue arabe. Ce qui est une torture très perverse pour un xénophobe qu’on sait endurci comme un collectif viagra. Et cette méthode d’apprentissage forcé des langues de l’Autre se voudrait guérir, en quelque sorte, la phobie du xéno qui craint toujours les beaux et nobles cheikhs du désert. Même si d’aucuns les trouvent assez sexy quand ils sont nippés à la mode plus énième du très long et traînant Lawrence d’Arabie. Par ces détours de riches étoffes, on constate que tout ceci ne serait pas aussi simple qu’un banal défilé luxueux à Louxor chez Lagerfeld de la famille Karl des top-modellos.

C’est un puissant effet d’Agoravox et donc ce serait sa probable utilité, qu’il faudrait apprendre la langue de l’autre pour communiquer enfin. Puisque nous sommes tous raisonnablement perdus dans cet espace internet, qui est vigoureusement labouré en tous sens imprévus. Et cet effet est d’autant plus puissant, que les réactions sont si tendues dans le temps singulier des commentaires, qui est une manière de temps plus vif et pulsionnel quand les commentaires prennent plus d’intérêts encore.

Aussi, l’expérience montre-t-elle que tout se lit ou se devine, des intentions et des frustrations sinon des peurs ou des terreurs et des épouvantes sourdes et obscures dans les pré-conscients des commentateurs des forums. On dirait que, régulièrement, ça tourne en une débâcle des glaces chavirées par les libidos qui s’entrechoquent comme dans les grands fleuves russes qui se lâchent au printemps.

Ou ceci n’est pas sans évoquer les livres des fauves aux couleurs peintes et criardes de la tradition bouddhique tibétaine qui, certes recule devant la Chine, mais qu’elle sait, par cette cause d’errance, lâcher ses dragons dans toutes les rédactions ameutées de l’occident et donc dans Agoravox aussi. Le journalisme citoyen serait-il une sorte de création à mille mains pianotantes d’un nouveau "Livre des Morts", et vers un par-delà des antiques et modernes palabres ?

A la vérité, ma longue pratique des échanges dans ce média et durant un couple tumultueux d’années me fait assez épaule pour que je puisse dire ma conviction d’une utilité quasi psychanalytique ou, à tout le moins, psychologique des plateformes selon le prime modèle d’Agoravox ou Ohmynews, puis Centpapiers. Non seulement, parce que ces médias rabelaisiens "mirifiques et horrifiques" m’ont permis de rencontrer des personnes merveilleuses, et forcément people comme j’aime (on ne se refait pas même en pâte à modello). Mais aussi parce que Agoravox & Cie m’ont permis de côtoyer des personnes qui sont le plus souvent très éloignées socialement de ma sphère et de ma personne (on ne se refait pas mieux en mie de pain sec).

Et c’est une réalité de notre époque qui est mise en évidence. Les gens dans la ville même transposée à la campagne ou sur le net, ils se croisent certes, mais sans se connaître ou si peu. Comme si toute la société n’était plus, aujourd’hui, qu’une gare miteuse et vaguement mythologisée entre deux arrêts permanents, aux allures de tombales qui se reposent en paix dans un salon de thé. Mais tout ce qu’il y a de plus forum de la gentry.

Ainsi, par le biais de ces nouveaux médias ou médiums, on rencontre ceux avec qui l’on s’entend. Et, par ailleurs, on parle encore avec ceux qu’on a coutume de les réprouver dans la réalité qui est aussi bornée que stupide. Mieux encore, on en est changé ou transformé par des biais étrangers et progressifs assez imperceptibles, par l’effet d’une accoutumance très discrète et infinitésimale, qui est manifestement à l’oeuvre dans la réciprocité des échanges contradictoires. Sinon, qui dialoguerait encore ? Dans le même temps et en revanche, chacun est certainement bien ou mieux rassis, fermement ou fixement, dans ses propres opinions et sentiments avec lesquels chacun aime à coucher intimement comme dans sa propre odeur corporelle.

C’est-à-dire que, d’une part, ce médium sait naturellement nous éprouver en nous mettant en face de nos propres faiblesses, qu’il nous faut les travailler par l’usure. Enfin et d’autre part, il donne à nos meilleurs côtés — qui sont certes innumérables chez Madame et Monsieur What’d’ye’callum du "Livre des Snobs" de Thackeray — des rares connections qui savent les sublimer, vers des rencontres inouïes qui parviennent à érotiser la vie, définitivement.

Finalement, et quand on sait en tirer le meilleur parti, le journalisme citoyen (journalisme des gares contemporaines) mènerait tantôt à débattre avec la femme la plus canon du monde des canons, qui savent mettre le feu à un falzard de curé à l’autre bout de la gare métallique et sale. Un genre d’agora-gare en manière de vaste salle monumentale vaguement designée par un architecte dans le besoin mais pignon sur agora à Paris-la-chic’misère tout de même. Dans cet internet-là, des milliasses de paumés s’ignorent réciproquement et noblement en traversant les nombreux quais connectés.

Parmi tous ces destins apparemment tragiques, il est des rares visions virtuelles qui deviennent solides et qu’elles construisent une neuve réalité. Et ça vaut le coup du ticket aller simple, sans retour. On se rencontre dans les cafés et la vision se réalise plus forte que la réalité d’avant, hyperréaliste et symboliste. Et ces rencontres seraient à se multiplier dans ce siècle qui commence et qu’il s’ouvre sur de tels échanges utiles et rêveurs.

On conclura en disant que tous intervenants méritent le respect que l’on doit à des passants inouïs, qui sont en réalité perdus dans l’univers. Si banalement sublimes qu’ils sont parvenus à se rencontrer au milieu de ces univers physiques et mentaux, en des multiverses immenses et inconnaissables. Ce qui est grand merveille ! dirait notre Montaigne des aérogares de Nowadays qui causent vitement.

Demian West

Wednesday, October 17, 2007

Steichen le réaliste au Jeu de paume

Le musée du Jeu de paume à Paris présente Steichen, une épopée photographique. Cet artiste d’origine luxembourgeoise émigra aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle. Pour y créer ses premières photographies au mitan des années 1880. Elles sont encore dictées par la rhétorique picturale que d’aucuns diront assez symboliste, pour leur seule modernité qui colle avec le temps de symbolistes.
En fait, il s’agit plus certainement de ce qu’on nomme le pictorialisme. Soit la photo conçue comme l’achèvement du tableau. Quand ce médium devait encore trouver son propre discours. Puisque, selon les théorèmes de Mac Luhan, un médium représente un référent ou un modèle, quand il se représente lui-même, dans le même temps. Par exemple, la télévision diffuse ses émissions dans lesquelles nous voyons apparaître toutes caméras et micros ou dispositifs qui signifient que nous sommes à la télévision.

Steichen fut le photographe qui fit ce passage de la peinture à la photographie libérée des référents au pinceau et à la toile. Il reçut les cours de peintures de l’Académie Julian. Mais il cessa de peindre en 1920. Après avoir inauguré, avec d’autres, les premières photographies autochromes inventées par les frères Lumière. Steichen est emblématique de cette fin du XIXe siècle, entre Paris et New York, quand les peintres devinrent photographes. Certains par déchéance de leur activité de peintre, et d’autres par l’attrait pour cette nouvelle technique picturale.

La marque de Steichen est une sorte de sfumato que nous ressentons, aujourd’hui, comme une nostalgie du siècle des romantiques et des impressionnistes. Quand lui y mettait la charge du temps qui fuit virgilien. Comme une photographie qui pense l’histoire et le contingent. Steichen se lia d’amitié avec Stiegliz le créateur de la revue d’avant-garde Camera Work.

Edward Steichen inventa la photographie "directe" et non plus imitatrice de la peinture. Il aborda tous les thèmes, le paysage, le portrait, la mode. Et il composa des couvertures pour Vogue et Vanity Fair.

Son travail marque le tournant du siècle vers la représentation directe et réaliste. C’est-à-dire, vers un abandon des références à l’antique et à l’historicisme qui fit tout le XIXe siècle. C’est donc une sorte de construction du nouveau siècle qui apparaît hors de la brume. Un peu le "Flatiron" building de 1904 qui reste une figure d’angle étroite qui nous fait passer d’un boulevard à l’autre en une vision de nanoseconde du flash de Steichen.

Demian West

Sunday, October 14, 2007

Le baiser des Elysées de l’Art sur la blanche FIAC

La FIAC de Paris est un rendez-vous fixe et ferme de l’art contemporain et nécessairement orienté vers le Marché des oeuvres. C’est un lieu assez mystérieux des rencontres de professionnels de l’art et du public par aventure. Par ainsi, il est certains rapprochement que l’on pourrait vite hasarder entre cette manifestation et les Salons du Louvre qui firent les grandes heures de l’art et de la critique au XIXè siècle, le plus emblématique des rivalités de courants artistiques.
La position qu’on dirait dominante de la FIAC exigea que les officiels de la FIAC intégrèrent deux manifestations en off et intitulées "Show off" et "Slick", l’année passée. Mais cet automne, la chose se tétanise. Car, une concurrence des arts moins officiels ou officieux a su se poster dans une contre-allée des Champs-Elysées à quelques drippings pollockiens de la FIAC sise au Grand Palais. Ce sont les Elysées de l’Art et c’est nouveau.

C’est la guerre ! La FIAC attaque en diligentant une action en référé au Tribunal de Commerce forcément, et pour concurrence abusive etc. Nous voilà donc revenus au plein temps des "Salons des Refusés". Quand Napoléon III autorisa une exposition des peintres dissidents en marge des Salons officiels, d’où ils avaient été exclus, soit pour leurs provocations soit pour leurs incompétences ou maladresses artistiques. Et, ce Salon des Refusés fut ouvert au public parisien à celle fin qu’il pût choisir l’art du futur, l’art contemporain en somme. Aussitôt, les anciens sentirent le vent du boulet qui emporta tout en un tournemain de quelques scandales si bien cuisinés, qu’ils firent entrer les arts dans le spectacle festif et libératoire de tout le XXè siècle.

Autrement dit, ça recommence. Car l’action en référé de la FIAC s’est vue mettre le boute-hors et l’affaire est donc perdue pour l’académique FIAC, et sitôt l’hégémonie avec elle. Le maire de Paris, qui aime les arts et les nuits blanches mouvementées et canailles, a autorisé la manifestation dissidente. Et ce sont donc plus de cinquante galeries et des artistes moins prestigieux, qui profiteront de la survenue des collectionneurs du monde entier qui croient venir à la FIAC quand ils seront probablement happés par ce lieu peut-être plus festif et gage de nouveautés habituellement mises à couvert parce qu’elles savent encore déranger. Un peu comme des baisers sur des toiles blanches, dont le souvenir grimpe aux rideaux qui s’abattent sur les arts contemporains qui prennent un sacré coup de vieux, cet automne 2007.

Demian West

Wednesday, October 10, 2007

Un baiser "Imbécile" ?

Les débats autour du baiser de Rindy Sam sur la toile blanche de Twombly ont eu lieu mardi au tribunal. C’est un événement majeur des arts qui se produit dans la sphère publique et du droit. Car, au terme de ces débats, on prend vite conscience que rien n’a su bouger dans les arts depuis plus d’un siècle.
Regardez, Cy Twombly se dit "horrifié" par le geste de Rindy Sam, c’est-à-dire qu’il est évanoui car une de ses admiratrices quasi amante a osé embrassé une toile de son maître ès arts. Dans le même temps, cet artiste mirifique et horrifique demande 1 € symbolique pour toute réparation. Il y aurait donc quelque contradiction entre l’étendue de son horror picture show et la somme du ticket de sortie du train-fantôme.

Car c’est tout le business autour de l’artiste Twombly qui exige des milliasses d’euros en réparations en tous genres de carrosserie et maquillages. Me Lambert va au comble jusqu’à même demander deux millions d’euros à une RMiste qui est une artiste certes un peu fougueuse, mais surtout mue par un lyrisme de plus en plus rare dans les arts.

Et la presse et les politiques n’y manquent pas à ce lynchage misérable. Au passage opportun, on récupère le vandalisme au poing de l’autre nuit blanche à Orsay. Et personne ne vient à songer qu’une bonne serrure eût fait l’affaire mieux que ces revanches sur une petite femme.

Venons-en à la petite femme d’allure cambodgienne. Le président du tribunal lui demande "Mais vous n’avez pas le sentiment d’avoir commis un geste imbécile". Et sans qu’il se rende compte un instant, que la justice n’a pas à déterminer la qualité morale d’un geste artistique. Quand la justice considérait jadis que la photographie n’était pas de l’art, puisqu’il s’agissait d’images survenues par le biais de machines. Aussi, il y a peu, la justice considérait les productions érotiques ou pornographiques comme non artistiques. Quand la jurisprudence a clairement imposé le caractère artistique de ces productions. Enfin, il ressort depuis que la justice n’a pas à se prononcer sur le caractère moral ou non d’un geste artistique.

C’est dire que le tribunal a commis une faute et ne considérant pas la nature identitaire et la qualité d’artiste de Rindy Sam. Et donc que son geste ne saurait être qualifié d’"imbécile" sans que le tribunal verse automatiquement contre toutes les jurisprudences, et donc que la justice se précipite à la faute quand elle se place en lieu des instances artistiques. Surtout quand on ose, dans le tribunal, cette comparaison grotesque entre le baiser et le coup de poing. Il suffit de les tester pour comprendre.

Il reste que Twombly a bien saisi qu’il s’agit d’un geste artistique, et qu’il n’y peut mais. Puisqu’il doit céder à ses maîtres ès boutiques, les procédures qu’ils réclament. En manière d’un très violent coup de poing frappé contre une pauvre jeune femme, assez symbolique et emblématique de tous ces artistes qui vivent dans le précariat et l’infantilisation par les institutions, et qu’ils ne rêvent même plus à des espérances de reconnaissance.

Rindy Sam n’a pas reconnu "l’imbécilité" de son geste. Et c’est bien, car ce n’est pas raison. Et qu’elle est en bonne compagnie avec Duchamp, avec Picasso et toute la troupe Dada. En revanche, elle a dit qu’elle n’en était pas fière. Et ceci souligne sa sincérité. En effet, comment serait-on fier d’un geste artistique ou d’un geste d’amour ? Il est et c’est tout. Finalement, c’est la partie adverse qui héritera de la honte et dans les couloirs du temps qui courent vite.

Demian West

Monday, October 08, 2007

Vandalisme à Orsay

Au musée d’Orsay, Le Pont d’Argenteuil de Monet vient d’être vandalisé pendant la "Nuit Blanche" à Paris. Un groupe de personnes manifestement teintées d’alcools obscurs ont planté un coup de poing dans une des plus poétiques toiles de Monet, toute de blondeurs et de fines turquoises enjeunies. Et malheureusement, ils ont perforé cette sublime toile sur dix centimètres. Ce qui se voit.
Bien sûr, tout ceci sera effacé par les restaurateurs éminents des meilleures institutions qui sont en charge de la conservation du patrimoine. Toutefois, les dégâts sont déjà perceptibles dans la sphère artistique, puisqu’on en vient à dire aussitôt qu’il y aurait quelque rapport entre ce vandalisme et le geste de Rindy Sam qui sera jugée mardi. On se souvient de cette jeune artiste qui a baisé le tableau blanc de Twombly.

La presse jusqu’à "Google News" tente désormais d’instrumentaliser le baiser de Rindy, en le posant dans un parallèle absurde avec ce coup de poing qui manifeste plus sûrement une violence qui signifie la haine des arts. Plutôt que le baiser de Rindy fût un acte de la love des arts.

Il faut rappeler que le vandalisme grandiloquent et dans les musées fut toujours le fait de personnes clairement déséquilibrées. Et que, dans le même temps, les plus grands artistes ont été accusés sous le prétexte fallacieux et abusif de vandalisme, et tout pour les disqualifier selon les exigences conservatrices et réactionnaires. Par exemple, Apollinaire fut abusivement accusé d’avoir volé la Joconde, ce qui empêcha sa naturalisation française. Et ce qui le conduisit à faire quelque zèle sur le front de 14, où il prit d’autres éclats mortels. Si bien qu’il en expira de cette accusation.

Duchamp fut aussi sali en manière de profanateur des arts. Ce qui est raison, puisqu’il pratiquait le non-art. En revanche, nul ne saurait confondre un coup de poing balancé par effraction et dans une atmosphère de beuverie sur fond de "Nuit Blanche" institutionnelle, avec un baiser plus équivoque aux teintures de culture plus évidente. On le reconnaîtra aisément.

Demian West

Tuesday, September 25, 2007

Attitude et rôle artistiques dans la blogosphère

Les débats animés sur les forums du net ne laissent guère douter de l’enjeu que représente l’art dans l’évolution de la jeune blogosphère. Soyons plus précis, il apparaît plus certainement que l’enjeu concerne plutôt les représentations de l’art que les internautes fantasmeraient, pour que l’art corresponde à leurs intérêts sinon à leurs désirs aussi arrangeants que complices.

D’une part, l’idée la plus courante sur le net serait celle d’un monde artistique assez bohème et forcément baignant dans une misère bien conforme aux clichés de l’Ecole de Paris, mais vue par le cinéma hollywoodien. On y voit, dans les forums, les visions passéistes de Kirk Douglas en Van Gogh fanatisé et roux peigné par le feu intérieur de l’art sans concession. Un peu pour obéir au credo d’Antonin Artaud le momo et prophète de l’artiste maudit. Oui mais ! Ce genre d’artiste n’existe plus aussi appliqué au malheur. Car il squatterait tantôt à Paris sans jamais payer sa facture de jus et d’eau, tout en étant soutenu par des subsides de l’Etat qui est un mécène moins salissant que l’argent privé.

A l’autre bord, les internautes pensent souvent les artistes, toujours sur le mode bohémien, mais dans les quartiers chics. Là, les artistes peignent d’immenses toiles en traversant leur loft de mille mètres carré en roller et entourés de créatures du diable, qu’on appelle tantôt les top-modello. On évoque la figure warholienne de Jeff Koons et des arts d’après le plastique gonflé à l’hélium. Et si légers que la blogosphère jugea utile d’y coller un surnom de montgolfière joyeuse, les Bobos. Quand on a dit ça, on a tout dit, dans ces nouvelles conventions de la blogosphère, qui s’applique industrieusement à reproduire la géographie des apartheids du chic parisien, certes de la place du Colonel Fabien mais juste à-côté du Palais de Windsor, du moins dans les repères de la sphère de la "bornitude" idéologique.

Evidemment tous sont dans l’errance.

Car, l’art serait avant tout un marché immense, pour la France qui est la première destination touristique du monde. Les objets plus culturels sont certainement des richesses, qui ont su maintenir le leadership culturel de la France et depuis Louis XIV. Certes, New York est plus puissante sur le marché des ventes et des valeurs des oeuvres d’art, mais la notion même de vie culturelle, entretissée dans la structure sociale de la ville soit la vie artistique, se confond en tous points avec la géographie française et plus encore parisienne. Et il en est de même dans la blogosphère.

Les artistes du net ne seraient pas la propriété de telle ou telle autre population d’internautes qui voudraient préempter cette identité culturelle française. Puisque l’artiste fait la culture par le biais de ses oeuvres d’art qu’il diffuse selon les modes qu’il aura personnellement choisi. Ainsi, il peut déléguer leur diffusion à un intermédiaire ou à une institution. Et son choix participe de la création de cette oeuvre ultime qui est sa vie ou sa légende qu’il constituerait pour devenir une richesse à son tour. Soit un monument qu’on visitera comme une architecture vivante de la culture.

C’est exactement le projet génétique qui participe de l’identité de l’artiste. Car c’est une vocation, aussi un métier et identitaires. Et même s’il veut coller au plus près de la vie la plus populaire et simple, l’artiste qui veut naturellement offrir au monde son art pour le réjouir et pour l’améliorer, il doit d’abord l’imposer par le biais du marché, et c’est le chemin de toute une vie.

C’est pourquoi, le recours au scandale fut si utile tout le long du XXe siècle. Car cette attitude théâtrale et grandiloquente offrait une précipitation de cette espérance de reconnaissance. Et, d’une certaine façon, cette technique de l’avant-garde a désormais pris le nom du "buzz", dans notre monde contemporain internétique et médiatique. C’est en quelque sorte une invention warholienne, mais plus encore du plus grand artiste du second XXe siècle français, c’est-à-dire Serge Gainsbourg.

Il était d’abord un peintre, puis il comprit que les arts mineurs et la chanson étaient bien plus propices à la diffusion de la vie artistique. Aussi, dans cette fulgurance des trente glorieuses, il conçut qu’il ne fallait jamais qu’un jour passât sans qu’on parlât de lui, d’ailleurs en bien ou en mal.

Car l’appréciation ou le jugement de goût étaient sans conséquence, et c’est la rupture même la plus quantième favorable. Comme si la médisance ou le dénigrement, soit la critique avaient été vaincus ou rendus inoffensifs par le biais de ce dispositif artistique déraisonnable mais si efficace.

Dans la blogosphère, on (c’est-à-dire l’internaute qui croit encore à l’artiste martyre et si pauvre que fantasmatique) cherche encore à saisir ce secret pouvoir mis en oeuvre par ces artistes, insaisissables parce qu’ils se moquent de ce qu’on en dira pourvu qu’on parle d’eux. Puisque le gain est de doubler la pertinence de son nom, d’une part vers le côté lumineux des louanges, et d’autre part vers le côté obscur des critiques dépités.

Finalement, pour jouer ce jeu de rôles ailés sur les vagues des surfeurs du buzz, il faut vraiment et profondément se moquer de ce qu’on dira. Ce qui n’est jamais donné au premier venu, dans les allées impitoyables des forums usinés en petites guerres mondiales instantanées et mesquines. Il faut, avant tout, mieux connaître la nature humaine si vite transposée dans la blogosphère véloce.

Demian West

Friday, September 14, 2007

Les symbolistes Moreau et Huysmans au musée Moreau

Du 4 octobre 2007 jusqu’au 14 janvier 2008 à Paris, le musée Gustave Moreau propose sa première exposition temporaire depuis l’ouverture du musée en 1903. Il s’agit, à cette occasion, de célébrer l’amitié, féconde d’inouï, entre le peintre Gustave Moreau et l’écrivain Joris-Karl Huysmans.

Il est de la première utilité de connaître et d’étudier ce chaudron des arts, dans lequel tout l’art du XXe siècle a été porté à des vapeurs et des éthers d’ébullitions delphiques. Car il y a quelque prophétisme dans la concurrence de ces deux hommes, qui ont tout simplement déplacé l’art dans l’irréel.

D’une part, Gustave Moreau était une sorte d’aristocrate qui pouvait peindre, tant qu’il le voulait. Et donc, il emplit sa maison parisienne de toutes sortes de délires fantasiés. Avec des femmes impossibles qu’il aurait un peu amicalement raptées à lord Leighton, qui fut le plus chaste des peintres victoriens et le plus extravagant concepteur de la femme idéale. A l’époque, on entreprit pas moins que ce croisement entre la pêche et la phosphorescence marmoréenne pour créer la femme définitive.

Ainsi, Moreau devint-il un mythe de son vivant. On causait de lui en sorte de Dr Mabuse de la peinture mystique et occultiste. Ce qui se portait beaucoup dans le symbolisme hégémonique autour de 1900. C’est Gauguin qui avait remonté les arts plastiques au rebours, vers les cloisonnés des rosaces et des vitraux historiés des cathédrales. Aussi, vers ce nouveau goût des cloisonnés orientaux et japonisants, qui tissèrent le lien avec les cultures premières à l’autre bout du monde. Et qu’on les disait si proches, dans cet au-delà des arts mystiques et symbolistes.

Tout était prétexte à des réunions de rosicruciens et de francs-maçons, résolument entre-tissés dans les arts qui transforment la société par ses universités cachées. Quand Moreau disparut, sa maison, en débord comme l’oeuf de la peinture, devint un musée. Et l’on peut encore y voir un corpus entier d’un oeuvre, qui est simultané à la vie même de l’artiste. Ce qui était la programmatique même du symbolisme. Casser l’opacité du réel, pour retrouver l’escalier des anges qui montent et qui descendent le long de l’arbre du Bien et du Mal. Car Moreau et ses amis, aimaient à voir autant les anges que le serpent. Puisque tout était prétexte à faire de sa vie un roman ou une fiction. Et parfois, selon l’exemple maudit de Van Gogh.

Huysmans fut un critique aussi. Et il appliqua le programme baudelairien si enclin à l’irréalité, au maquillage, au dandysme, aux paradis artificiels et aux littératures opiacées. Il a écrit le roman fondateur du symbolisme en littérature, A rebours. Et dans le chapitre V, des Esseintes manifeste son admiration fervente pour Gustave Moreau. On comprendra le complot artistique, quand on aura bien dit que ce roman fait l’apologie du fantasme, comme un accomplissement plus achevé que toutes les réalisations dans le monde réel. Il dit explicitement, qu’il faut aller au rebours de toutes les réalités, pour retrouver la réalité qui est déréelle, soit entièrement psychique.

D’une certaine façon, cette pensée annonce les théories de Huxley ou de Timothy Leary qui ont tenté de briser le noyau du réel par l’usage décisif des drogues, comme les Amérindiens antiques. Et que cette révolution des années 60 a basculé toute la réalité dans la jouissance permanente des flux médiatiques qui sont désormais l’opium institutionnalisé.

Dans cet art commun à Huysmans et Moreau, il y a des royaumes de pierreries et des couleurs jamais vues. Aussi, on y lit des listes de noms de monstrueuses merveilles, et des rares extraits retrouvés de traités alchimiques, mais du verbe et de la peinture. Et tous les dieux connus et inconnus de l’Antiquité transmigrèrent par le biais de cet art, dans le XXe siècle naissant.

Tant et si bien, que l’art d’aujourd’hui, et conceptuel, est totalement issu de cette science symboliste de l’érotisme, de la morbidité et de l’occulte assez psychanalytique, en tout cas psychique.

Demian West

Wednesday, September 12, 2007

La Fabrica de Rubens à Bruxelles

Du 14 septembre 2007 au 27 janvier 2008 à Bruxelles, les musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (art ancien) ouvrent les portes de l’atelier du génie Rubens. C’est le gros morceau des arts flamands, d’un repas qui n’en finit pas de s’étendre en longueur de pinceau si bien huilé.
Rubens c’est l’homme à tout faire de la peinture. Il fut grand peintre et prolifique. Aussi, il s’amusa à faire le diplomate pour ses amis princes anglais et européens. Car, il connaissait tant de langue, tenait une élégante conversation et des devis très estimés par tout le continent qui en raffolait. Ce fut, pour lui, une autre manière de mettre de l’huile dans les rouages de la politique confuse, dans les temps baroques qui roulaient à fond.

Ce n’est pas tout. Ce jeune bourgeois fut le premier qui monta une sorte de fabrica de la peinture de cour et pour négoces bourgeois des banquiers entreprenants. Il multiplia les oeuvres comme des primes billets de la banque baroque. On en vit partout se vendre quand il n’y était pas, puisqu’il traitait de contrats secrets de la politique des affaires multinationales.

Dans sa fabrique de tableaux, on vit oeuvrer les plus grands anversois et d’autres aventuriers de la peinture fraîche, parfois un peu effrontée. Chacun des peintres avait sa tâche réservée. L’un était apposté à la peinture des fleurs et tel autre à représenter les animaux. Et chacun selon sa main experte. Rubens inaugura la manière grasse de la peinture à l’huile et sur toiles. Auparavant, on peignait le plus souvent sur bois et selon une progression lente de couches multiples, vers les plus hauts glacis. Rubens attaquait dans le frais et pour aller vite.

Ses tableaux sont d’une grande fraîcheur. Puisqu’il peignait les chairs, qu’il se réservait, en apposant d’abord trois teintes préparées en avance. Et qu’il se contentait de les lier en un passage rapide et très savant. Comme si l’urgence de ses offices avait favorisé cette nouvelle manière de la peinture moderne, jusqu’aux impressionnistes.

Il reste que ce très grand peintre sut mettre en rôle les professions artistiques dans la sphère politique même. Et au plus haut rang, quand les arts rejoignent le prestige même de l’identité nationale sinon continentale. Par ailleurs, sa fabrica ou son atelier n’est pas sans évoquer la Factory de Warhol au XXe siècle. Là où toute la gentry et la jet-set mondiale s’encanaillaient dans la proximité du génie Warhol.

C’est dans de tels bouillons des arts et de la culture, que le cinéma, le théâtre, la musique et toutes les expressions et les artistes se confrontent et vont vers la politique, pour changer ou transformer la société et le monde. C’est le rôle majeur de l’art et de la culture, qu’ils transforment les structures sociales du monde jusqu’à la sphère la plus intime des individus. Et tout pour une action libératoire et résolutoire.

C’est ainsi que toute notre modernité, si précipitée, s’est espacée depuis cet atelier ou depuis la fabrica du génie rubénien.

Tuesday, September 11, 2007

Le Piranèse aux Etats-Unis

Du 6 décembre 2007 au 10 mars 2008 à Los Angeles, le J. Paul Getty Museum ouvre les grilles secrètes des oeuvres du Piranèse. C’est un personnage très énigmatique de l’Italie néo-classique c’est-à-dire du XVIIIe siècle, jusqu’à la Révolution française. Il fut un artiste graveur et un polémiste théoricien, aussi un cartographe ingénieux.

Le néo-classicisme s’est littéralement plongé dans l’océan des Antiques. Il s’agissait, après les fastes du rococo un peu léger et libertin, de retrouver de la grandeur antique, ajoutée d’une méditation sur la mort. Comme si les plaisirs avaient un peu éreinté les amateurs d’art en Europe, et surtout en Angleterre et en France.

Les sujets des méditations sur les ruines étaient en vogue. Aussi, on revint aux conceptions de monuments funéraires grandioses, mais selon des formes antiques des pyramides ou des mausolées philosophiques. Après la découverte de la science rationnelle au XVIIe siècle, ce fut comme un retour de la flamme sentimentale et nostalgique des amours dépitées et contendues vers des serments d’éternités impossibles.

Toutefois, l’oeuvre du Piranèse est singulière. Car, autant il déclina farouchement, et sans laisser, toutes les formes de l’Antiquité, comme il l’aurait fait pour un lexique des formes anciennes. Autant, il lâcha cette collection des architectures et des sculptures classiques, jusqu’aux excès les plus débridés de ce qu’on nommerait, aujourd’hui, l’"héroic fantasy".

La série gravée des Carceri ou Prisons manifeste des délires fantasiés de lieux improbables ou des personnes sont ferrées et retenues, pour le simple plaisir de "fiche l’angoisse" au regardeur. C’est un catalogue des supplices qui est ouvertement fantasmatique. Et l’effet dramatique du clair-obscur, parfois violent, ajoute à cette atmosphère qui est digne d’un scénario hitchcokien, mais du passé ténébreux.

On y discerne beaucoup de critiques de son temps, et des ponts qui traversent les espaces amples mais fermés. Comme pour y faire passer les âmes, sinon pour les jeter et les perdre dans l’abyme. Des appareils des tortures industrieuses sont là pour évoquer les machines de la raison et, probablement, leur emploi erroné du fait des pulsions de mort dans l’homme de pouvoir et des masses.

Certes, ces prisons évoquent les caves des cirques romains, mais aussi des lieux secrets des princes florentins et machiavéliques. C’est une sorte de méditation sur la pente fatale des constructions humaines qui s’élèvent pour tomber à la fin, par la force des haines accumulées pendant leur construction même.

Aussi, ces images évoquent-elles la tour de la bibliothèque du roman de Umberto Eco Le Nom de la rose. Et cette enquête à la Conan Doyle que Guillaume de Baskerville doit mener, tout par la raison du Sherlock Holmes médiéval qu’il met en rôle. Car il doit trouver les livres secrets de l’Antiquité interdite par l’idéologie officielle et catholique de son temps. Les passions humaines mettront le feu à la bibliothèque. Enfin, le film éponyme, de Jean-Jacques Annaud, s’est bien inspiré des escaliers et vis hélicoïdaux sans fin des prisons du Piranèse. Car ils y sont intacts, comme dans les gravures originales.

Par ailleurs, ces visions de tours en feux, ne sont-elles pas propices à de nouvelles méditations sur les ruines, et sur la fin des empires antiques et contemporains ? Surtout, quand nous sommes au plein de ce 11 septembre si mémoratif de la plus grande tragédie qu’on a pu voir et filmer au coeur même de la mégalopole ultime des Carceri contemporaines, c’est-à-dire à New York au Ground Zero.

Demian West

Monday, September 10, 2007

William Bouguereau à Pittsburgh

Jusqu’au 14 octobre 2007 à Pittsburgh, le Frick Art Museum revient sur la postérité de William Bouguereau qui fut le plus grand peintre de l’académisme français de la fin XIXe siècle. En effet, Bouguereau avait une telle notoriété, qu’il enseigna sa pratique picturale à de nombreux étudiants en art, qui venaient des Amériques par classes entières.

Aujourd’hui, le nom de Bougereau ne signifie plus que vent de l’oubli, pour le grand public qui l’apprécierait pourtant. Jugez-en : il avait une facture si lissée qu’on pensait assister à quelque banquet des dieux au plein de ses oeuvres. Tout y était plus hyperphotographique que mieux encore idéalisé. Ca donnait envie de toucher, comme une peau de la statuaire grecque sait nous happer, d’abord par nos mains si promptes aux caresses.

C’est pour cette raison que cet artiste, champion des Olympiens, fut démoli par les impressionnistes Manet et sa suite, auxquels Bouguereau sut rendre la pareille. Les impressionnistes emportèrent le consteste et on déboulonna la statue du plus grand peintre français. Il est vrai, qu’on avait de quoi rendre la monnaie, et qu’il y avait des peintres de bon lieux pour le remplacer.

C’est seulement dans les années 1970, que le président Giscard d’Estaing sut réanimer le culte de ce plus grand peintre, qu’on gara forcément à la gare d’Orsay, et pour en faire le chef des arts de ce musée. Il faut avoir vu La Naissance de Vénus exposée dans le salon d’honneur de la gare devenu musée d’Orsay. Car c’est un des plus beaux morceaux de la peinture mondiale, autant par le fait technique que par l’achèvement du raffinement cultivé, de la fin de l’art arrivé à son terme. Devant l’oeuvre comme devant un Vinci, on comprend immédiatement qu’il est impossible de rivaliser avec cette virtuosité glacée de connaissance surabondante de métier joint à la perfection formelle.

Les impressionnistes le condamnèrent car il représentait des femmes idéales, et donc qu’elles ne font pas du shopping. Et qu’elles étaient sans odeur, d’aucuns goûteurs dirent sans saveur. Manet avait choisi de représenter les femmes de la rue, qu’il confondait quand même avec des courtisanes. Certes, cette vision impressionniste semblait en conformité avec le fantasme le plus couru dans la société masculine, qui voulait de vraies femmes trop offertes plutôt que réservées.

Cependant Bouguereau connaissait un succès mondial, parce qu’il proposait des images pour rincer l’oeil en pointe du bourgeois. Par le biais de lourds prétextes de scènes olympiennes qui savaient gonfler et jeter les chairs lactées des déesses au premier plan de l’image bien charnue de fesses si douces comme le miel.

Les élèves de Bouguereau perpétuèrent son style et par le biais, paradoxal pour l’époque, de femmes peintres américaines dont Cecilia Beaux et Elizabeth Gardner, qui firent avancer la cause des femmes peintres. Enfin, Robert Henri fonda le groupe anti-académique aux Etats-Unis, et il influença définitivement la Ashcan School.

Il fut élève de Bouguereau, et son parcours laisse explicitement entendre qu’il faut avoir fréquenté de bons maîtres réguliers pour prétendre à casser la vieille boutique des conventions. Un peu comme Picasso, l’adolescent virtuose et bon fils de son père peintre, qui cassa le dessin, parce que c’était lui et que c’était le temps venu.

Demian West

Friday, September 07, 2007

Dessins de maîtres à Chicago

Du 4 octobre 2007 au 6 janvier 2008, le Smart Museum of Art de l’université de Chicago expose la collection des dessins des maîtres européens assemblée par la Yale University Art Gallery. C’est un ensemble prestigieux qui s’espace du Bernin à Degas en passant par les artistes du rococo le plus évanescent.
La collection complète de ces études d’artistes propose donc un survol entier des techniques qui préparent les tableaux. Et d’une certaine façon, c’est un monde en soi des arts, qui tiennent leur laboratoire loin des expositions oratoires et publiques.

Souvent, il arrive qu’on préfère des dessins de Dürer à ses huiles. Et c’est à raison, car il était avant tout un grand dessinateur. Aussi, cet exemple suffit-il à démontrer que le dessin est la base des arts plastiques. Puisqu’il est contendu à droit fil, depuis les jets volontaires du cerveau de l’artiste soi-même.

Qui n’a pas jeté sur le papier vaguement paumé sur la table, quelques dessins informes et pulsionnels pendant un appel téléphonique ? Qu’il nous jette le premier portable et son crédit. Ces dessins automatiques sont la preuve de la nature pulsionnelle et organique du dessin, en tant qu’il écrit ce que le cerveau pense, mais dans sa langue la plus primitive.

C’est la fille de Dibutade, l’antique plaste ou modeleur, qui inventa le dessin, selon la légende. Quand elle traça sur le mur, le profil de son amant pour en conserver le souvenir au vif. Tous les arts en tombèrent de ce profil réaliste, la peinture et la sculpture.

C’est pourquoi, il est capital pour un artiste, qu’il revienne régulièrement à cette pratique fondamentale du dessin. Aussi, Léonard de Vinci dessinait-il, chaque fois et en rite inaugural de toutes ses séances picturales, un profil d’homme dont on suppose qu’il était plus qu’une simple mise en train. D’une certaine façon, il s’agissait d’une sorte de code hypnotique, qui le mettait dans une assiette de ferme assurance entre sa main et son esprit qui la guidait. Ce petit croquis inaugural était comme un mantra ou une clé qui ouvrait puis qui laissait fluer les voies de la création inspirée, qui échappent aussi au créateur lui-même. Puisque l’artiste est le médium de l’inspiration, par aventure souvent libre ou hasardeuse.

Qu’aurait pu dire Vinci, si tantôt on lui avait demandé, comment et par quelle voie initiale il savait dessiner. Rien autre que de l’inné ajouté d’un peu d’acquis. C’est cette leçon de l’apparition spontanée de l’art par le dessin, qui fonde la grande religion de l’art moderne puis de l’art contemporain. Pour Dante, le dessin n’était-il pas "le signe de Dieu en nous".

D’aucuns, plus contemporains, diront que ce dieu-là a tous les traits de l’inconscient qui est aussi vaste que la divinité. Si nous en jugeons par la vastitude immense des paysages de la libido derrière la personnalité de surface. Et dont tous les desseins libidinaux apparaissent, peu ou prou et tôt ou tard, dans le disegno ou le dessin conceptuel allié à la sensualité dernière de l’art achevé.

Wednesday, September 05, 2007

Eugène Boudin le premier impressionniste

Du 14 novembre 2007 au 27 janvier 2008 à Richmond-Virginia, le Virginia Museum of Fine Arts va à la plage pour nous montrer les oeuvres du premier impressionniste Eugène Boudin. C’est un grand destin de petit homme provincial qui, par force de sincérité et de persévérance, parvint à littéralement changer la face des arts picturaux et de toute la conception du métier de peindre.
En effet, le jeune papetier Boudin de Honfleur fréquentait les artistes qui venaient dans sa boutique pour y trouver des supports assez rares. Car il s’appliquait à son métier para-artistique. Tant et si bien qu’il rencontra le grand barbizonnier Troyon, aussi Isabey, le fameux peintre des marines, et enfin Baudelaire le théoricien de la poétique littéraire et picturale.

Tout ce monde des arts l’incita à quitter boutique pour qu’il fasse un peu le peintre. Et c’est ainsi qu’il prit tout naturellement le chemin des plages, où s’ébattait la gentry de l’époque proustienne, et, au-dessus, les nuées qui firent sa gloire. Puisque Monet et Corot soulignèrent que leur Boudin était insurpassable dans la représentation des ciels marins. Il fit école entre la peinture grasse et opaque des paysages français et les aquarelles des côtes anglaises translucides de Bonington, Ruskin ou Turner.

Il exposa au Salon où il fit grande sensation. Ainsi que la simplicité virtuose sait jouer des critiques, comme l’archet joue de l’instrument. On le reconnut sur-le-champ, tant il sut obtenir naturellement la bienveillance du Baudelaire définitif, quand il vous avait consacré devant tout Paris c’est-à-dire le monde entier.

A l’étude des toiles du génial Boudin, on y sent surtout cette annonce du pleinairisme auquel il forma Monet, qui reconnut finalement tout lui devoir. Aussi, on saisit tous les effets de nacre dont la peinture à l’huile est féconde. Une ligne d’horizon, et quelques lichettes savent poster des personnages en grand devis de conversations mondaines, et tous sont dans le bain et vêtus à la mode "plus ènième parisienne", comme dirait le très francophile Burgess.

On y voit dans les toiles de Boudin, toutes les nuances de gris colorés et de bleus pâles qui suggèrent autant la sérénité estivale que les vagues plus tempétueuses, comme en arrière-plan du XXe siècle à venir des couleurs métalliques de la mélancolie guerrière.

D’une certaine façon, Boudin c’est encore le livre peint des rêves mémoratifs proustiens, mais de la madeleine azuréenne.

Tuesday, September 04, 2007

Le Trollisme comme une des formes des arts contemporains

Il est un fait que tous lecteurs ont pu observer et depuis un couple d’années, le journalisme citoyen a développé un champ d’expression vaste et mondial, qui sait rassembler les discours les plus singuliers. C’est-à-dire que ses contributeurs ont coutume de parler hors de la sphère ordonnée du langage convenu, soit universitaire soit de l’information. Mais ce n’est pas ce fait auquel nous voulons faire épaule, aujourd’hui. Puisqu’il n’est pas moins apparent que, sur Agoravox, les trolls semblent plus actifs sinon plus virulents que partout ailleurs, à tout le moins dans le spectre de la blogosphère communément admis.

Le plus troublant est probablement cette mixité que nous voyons s’installer entre des débats vertueux et presque compassés sinon définitivement polis, et d’autres injections de mots fulgurés à la piquouze des trolls. C’est que l’appétit ne leur manque guère, et la nuit et le jour. Certes, depuis le début du XXe siècle, les trublions se sont régulièrement rassemblés en une sorte de fief des arts, mais tout collé à la boue des propos de bavettes les plus provocatrices. Et, il ne viendrait à l’esprit de quiconque de remettre ces acquis en cause. Puisqu’ils sont une garantie éprouvée, si jamais écrite que contractuelle, de nos libertés d’expression.

La règle internétique voudrait ou conseille tantôt, qu’on ne nourrisse pas le troll. Et pour qu’il s’éteigne de sa belle lividité cadavérique bientôt déposée sous un meuble des vieilles familles, comme les animaux savent mourir en silence. Mais, ce n’est pas si simple qu’impossible. Car, le troll a la faculté inouïe de nous (é)mouvoir par le biais de nos orgueils bien ou mal élevés en nous-mêmes. Aussi, le troll tire-t-il nos fils les plus naturels, qui tiennent à nos plus hautes conceptions de nos propos, et finalement de nous-mêmes. Ce qui voudrait dire, que pour échapper aux harpons et au doigté manipulateur des trolls, il faudrait nous résoudre à l’humilité qui est la meilleure pente lessivée vers l’oubli et donc vers l’anonymat le plus "horrifique".

Ce qui est assez contre-internétique, si l’on voulait écrire et diffuser son évangile selon soi-même. Le journalier citoyen n’est-il pas ce crucifié en puissance ? Puisqu’il détient une vérité qu’il doit imposer, par son art, au monde entier. C’est probablement, pour cette raison messianique que le rédacteur vire souvent au trollisme, en tant qu’il s’agit de l’action d’un individu qui s’opposerait à tous.

Il reste que, à l’image des grands provocateurs qui terminent bassement en vulgaires fondateurs de mouvements artistiques pour la gentry, des trolls agoravociens vont même jusqu’à passer au-travers du terrible crible du comité de sélection d’Agoravox. Et tout pour l’amélioration de la race trolline qui voudrait, finalement et par la fatigue ou l’épuisement civilisateur, concevoir une sorte de réconciliation. Et, sur le mode parodique du troll-qui-devient-rédacteur. Et cette rédemption avance en manière très équivoque d’une victoire ou d’une reconnaissance par l’adversité. Comme si le bébé troll aspirait à être absorbé par le placenta utérin même des publications autorisées. Autrement dit, l’achèvement aristotélicien du troll serait sa dévoration transformatrice par l’appareil qu’il avait souillé, auparavant, de toutes ses dents méphitiques.

Pourtant, nous plaiderons pour le troll en précisant ce qui apparaît de plus en plus, dans le principe même du buzz. Cette rumeur internétique est déjà une donnée incontournable de toutes les communications par le net. Et donc, ce buzz contient dans son principe même la nécessité d’une sorte de trollisme résiduel, qui serait le moteur de l’araignée diffusant son contenu sur sa toile. Aussi vrai que le buzz doit diffuser son contenu par tous moyens.

On ne le regrette pas, et même on s’avoue aisément satisfait de cette dialectique assez spirituelle. Car au fond, elle exprime bien que nul ne serait un troll si fixement et fermement. Puisque le rédacteur fut un troll. Et que la plupart des trolls deviendront des rédacteurs par l’effet de l’accoutumance de l’un à l’autre. Et c’est bien une forme des arts plastiques que de pouvoir exprimer, dans un médium ou dans un média contemporains, cette plasticité ou cette mouvance qui induit que rien n’est jamais acquis, et pas même dans la culture ou dans la personnalité. Comme si nous étions certainement le troll d’autrui, ainsi que nous serions plus sûrement encore le troll de nous-mêmes par aventure d’écriture vivante.

Demian West

Monday, September 03, 2007

La Hudson River School à Penn State

Du 7 octobre jusqu’au 16 décembre 2007 à Penn State aux USA, le Palmer Museum of Art étend les grandes toiles de l’Ecole des peintres paysagistes de la Hudson River. Cette mouvance assez informelle des arts s’est constituée depuis les années 1825 jusqu’aux années 1880.
C’est donc une sorte de réflexion picturale sur la progression des pionniers dans tout le paysage américain. En effet, des peintres sentirent le besoin, plus ou moins sourd à basse note, de constituer une école picturale résolument américaine. Et qu’elle ne serait plus tant à la traîne des mouvements européens. C’est ainsi que Thomas Cole se mit à peindre les vastes paysages des bords de la Hudson River. Et donc, qu’il quitta la grande ville pour s’affranchir de la culture occidentale auprès de la nature sauvage.

Il s’attacha à rendre les détails les plus naturalistes, mais sans jamais dévier du point focal essentiel qui est la lumière solaire dans l’œuvre. Tant et si bien qu’on y a vu le doigt ou l’œil de Dieu. Car, pour ces colons protestants, la nature était le jardin même que la divinité jalouse sut concevoir pour y coucher ses créatures, et quelques massacres d’Indiens par aventure. On ne fait pas d’omelette sans casser... etc.

Cole eut un disciple si fidèle qu’il le dépassa sur l’arbre des effets de masse picturale et tout en largeur. Car Frederic Church savait peindre des Chutes du Niagara immenses qui déplacèrent les foules qui payèrent joyeusement pour voir le chef-d’œuvre définitif qui fouette des embruns aussi. Et l’on comprend alors, que cette peinture est un spectacle de l’immersion des sens et de la psyché. C’est d’ailleurs le lieu commun de la peinture américaine, qu’elle cherche à immerger le regardeur en parfaite conformité au paysage du pays continental, entre deux océans des infinités. Comme si l’Amérique était le pays de l’espace où souffle et surfe l’esprit et ses violences aussi. L’expressionnisme abstrait, des années 1945, reprendra cette leçon de l’immersion du regard dans des toiles immenses et vers la peinture des paysages abstraits de la psyché.

Le paysage est d’abord hostile par le fait barbare ou de l’entre-dévoration naturelle. Mais, tout le projet américain contenu dans cette peinture est de restituer son rôle bienveillant, pré-culturel ou post-culturel comme on voudra, à cette nature primitive. Et c’est le projet des dispositifs des Disneylands, qui s’attachent à reconstituer une nature traversée par des animaux robotisés et factices jusqu’à la docilité servile, c’est-à-dire artificielle ou hyperréaliste selon les mots de Umberto Eco. Cette programmatique idéologique est en germe dans le projet de la Hudson River. Conquérir l’univers sauvage pour y réinstaller le culte du monde parfait qui fait sa parade à heures fixes et fermes, pour ne pas rater les repas des prières dans la cantine de la multinationale à l’enseigne du clown grimé.

Certainement, autour de cette Hudson River School, on y discerne les influences du premier Constable qui fut le créateur de l’art des paysages, aussi de l’Ecole de Barbizon ou l’Ecole de 1830. Et on y trouve encore la persistance de l’influence du meilleur Millet, c’est-à-dire de ses années picturales qu’on a nommées « la période visionnaire ». Quand il ajoutait des effets luministes si puissants et évocateurs, qu’ils signifiaient quelque présence de l’esprit allié aux jouissances sensuelles. Des effets et sentiments en tous points semblables à l’esprit qui nous visite et qui nous traverse, quand nous sommes devant un paysage infini qui nous dépasse et que nul meilleur peintre ne saurait le saisir ou le peindre... sans rivaliser aussitôt avec Dieu lui-même.

Demian West