Sunday, October 12, 2008

La peinture du soi Van Dyck

Ce fut un après-midi quand le soleil de l'été indien tranchait au rasoir des peintres les couleurs solarisées des boulevards parisiens éclatés en des terrasses vertes et ivoires des flâneries heureuses. Au bout du boulevard Haussmann, le musée Jacquemart-André fait sa sphynge oedipienne étalée au soleil du XVIIIème siècle renaissant. Là, on peut aller voir et mourir à l'exposition Van Dyck du plus grand portraitiste entre pays flamand et l'Angleterre des Stuart au XVIIème siècle.

Je ne suis pas le narrateur objectif, car j'y étais avec la filmique Deila Vogur qui est un portrait elle-même dans le portrait barocco. Elle portait sa tête de modèle qui se sait ravager la place de Paris; et elle sut mettre les tourbillons qu'il y faut dans cette galerie survenue depuis les miroirs des siècles et donc dans ma tête de peintre tétanisée par la leçon des grands.

Ce fut un éclatant moment de la vie artistique, qui se sait effacer toutes les pénombres. Quand on passa devant chacune de ces têtes, qui ont traversé les siècles dans une effrayante modernité de notre temps : C'est qu'elles semblent non pas d'hier mais de ce matin, on sentait presque l'odeur charnelle sortie du lit, quand les innocents ne sont pas tout à fait réveillés de leur nuit de vérité. Les mains sont grandes dans ces tableaux grands eux-mêmes, et on fut étonné de tant d'espace déplié pour des portraits si intimistes, mais en pleine démonstration de leur puissance sociale.

Van Dyck est l'artiste des noirs savants et protestants. Il y place des moires habitées qui tournent abondantes comme l'air et les fraises d'amidon blanc géométrisé autour des visages denteliers. Tout l'effet pictural est réservé au visage qui rayonne d'une fraîcheur si dehors du tableau, qu'on y sent l'air que souffle le bourgeois dominateur; puis le regard vague des aristocrates conscients d'eux-mêmes jeté sur le dessus du vent populaire; aussi le sourire mutin des femmes libres avant l'heure dans les coins escachés des appartements pleins de chambres vertes et roses probablement libertines.

Les cheveux sont buissonnants et bordéliques comme le nez un peu rubicond mais jocond du couperosé roi dandy Charles, qui pose tout de même à la Keith Richard avant l'ère. Tous les détails y sont : Ce peintre Van Dyck s'est auto-représenté avec des doigts très fins de l'artiste ou du sybarite efféminé, quand il sut plâtrer les doigts des marchands pour leur en mettre plein les mains du métier viril, et de significations politiques dans cette peinture. Car tout y est composé en des motifs d'une composition régulière et ordonnée comme un stéréotype de l'homme de pouvoir marchand ou politique confondus.

Hormis que l'aristocrate de naissance regarde hors du tableau quand le négociant vous toise à droit fil jusqu'au bas de votre colonne vertébrale qui en vibre comme la tige de métal souple, et en passant par vos yeux qui le voient ici et maintenant. Ca vous choque comme un râteau que vous prenez en pleine façade de votre boutique de maître velléitaire.

C'est grand, c'est bien foutu et par un salaud de peintre tellement il est bon, comme dirait Picasso. Et on en sort dans un état de mutisme survolté de révolte de toute cette charge d'art, qui demande à sortir par tous les doigts des pinceaux qui appellent dans l'atelier des vieilles huiles musquées, comme une charge de hussards sur les champs catalauniques.

Je pris Deila par le bras et nous allâmes nous affaler sous le soleil vert des monstres de la circulation parisienne, pour nous étourdir plus encore de plaisirs entre un déca et un jus de fraise extravagant. Deila avait sa mèche blonde sur son front blanc comme la steppe habillée pour l'hiver par Yves Saint-Laurent. Ses grandes lunettes noires démontaient le mythe de Lou Reed et nous rejouaient au naturel la neuve Garbo qu'elle est sûrement, comme l'avenir le dirait.

Je divaguais sur la musique doucement ultrasonique de son accent slave et mon regard maraudait sur son petit pull noir dont je suis amoureux aussi, et soudain je me pris de savoir jusqu'où descendaient ses jambes pliées comme le livre entr'ouvert des recettes des plaisirs indiens dont on fait les temples à l'amour. Cette glissade ne cessa plus comme la sensation d'avoir vu, ensemble, la meilleure peinture du monde : et nous sommes allé peindre, chargés de ces sortilèges des peintres anciens qui renaissent par nos espérances de les suivre dans leurs oeuvres.

Dans le musée, il y avait un grand miroir vénitien voilé par une sorte d'usure de teinture magique. Il évoquait les traversées des mondes coctaldiens, quand les âmes qui dorment entrent dans les miroirs soudainement aqueux pour visiter ou retourner dans le monde des songes, où nous flottons et volons bellement comme les mots entre les esprits.

Et dans ce miroir merveilleux, on peut s'y voir et vivre aux XVIIème et XVIIIème siècles, qui sont là restés à l'intact avec toutes ces âmes qui nous ont précédés, dedans les portraits et dans l'âme du mobilier et partout dans les haut coins des tentures et des mondes intérieurs de ce palais et des maisons de vie. Là, nous étions unis pour l'éternité par la magie des arts picturaux et visibles, auxquels nous avons tous deux voué nos vies entières.

Demian West

1 comment:

pixel said...

Grands tableaux indiquent grandes demeures et grandes pièces et le portrait n'est il pas la marque de l'individualisme et donc de l'humanisme.