Tuesday, October 07, 2008

Ukiyo-e ou l'art japonais de restituer la sensation de la femme au musée Cernuschi.


Photo Deila Vogur


Hier, on était pris dans le vent qui tournait autour du musée Cernuschi comme des diableries hirsutes dans les pinceaux japonais. Deila et Demy allaient voir l'expo des courtisanes, mais au Japon à Paris. C'est une coutume de notre époque d'évoquer les courtisanes quand on ne peut saisir toute l'esthétique du destin de Carla Bruni-Sarkozy ou des oeuvres de Jeff Koons à Versailles. Aussi, on doit bien expliquer que le public entend des pratiques assez louches par cette terminologie, qui ne sait pas cacher un très fort parfum d'envie. Le public va vers l'art pour vivre ses fantasmes qu'il n'ose jamais dans sa vie. Car il sait qu'il y a danger à laisser sa libido continentale envahir l'espace du réel.

L'exposition est intimement grandiose, et certaines oeuvres sont couchées-là dans une pénombre qui attire le regardeur à des rapprochements pour coller le nez à la vitrine comme les petits enfants les soirs de Noël, quand l'interdit de déballer ses cadeaux culmine à la répression sensuelle. Pour notre part, nous sommes adultes et nous entendons bien en abuser. Aussi, Deila et moi nous avons apprécié tout cet or posé en des effets très savants, qui donnaient autant de valeur au parergon ou cadre entourant ces oeuvres d'une finesse cultivée achevée.

Il est inutile de se perdre en des considérations qui se voudraient un cours magistral sur l'Ukiyo-e historique, disons simplement qu'il s'agit de peinture japonaise qui se sait nous montrer tous les dispositifs picturaux qui mettent en oeuvre les plus fines sensations communiquées au regardeur. On y voit des kimonos qui sont autant de tableaux dans le tableau assez barocco ; aussi des textures si rares qu'en les regardant on éprouve des souvenances de sensations qu'on a peut-être connues, mais dont on se souvient étrangement. C'est le pouvoir de l'art.

Il y a des toisons, des chevelures, des perruques, des plumes électrisées, des soies et des carnations blanches érotisées toutes représentées par des saillies du pinceau si fines qu'elles semblent une trame hasardeuse ou ordonnée du papier lui-même. Des arbres à pinèdes y sont des partitions de génies romantiques adulateurs de la Nature. Et tous les coloris sont nuancés comme les plus exquises formules de nos parfumeurs mondifiés jusqu'en orient. C'est simple, il est des couleurs qu'on ne saurait plus dire parce qu'il faudrait mêler et mélanger les mots eux-mêmes.

Les figures de femmes extrêmement raffinées sont posées dans des cloisonnés aux traits en pleins et déliés qui évoquent ou plutôt qu'ils sont le mouvement dans la composition : un dispositif repris par Gauguin. C'est donc une perfection que l'art japonais sut atteindre, comme les Grecs avaient inventé les dispositifs subtils de l'entasis ou des déformations souplesse qui donnaient la force et la vie qui respire et se gonfle courbement à leurs monuments, pour qu'ils soient semblables à des athlètes bandant leurs muscles au vif. Là, au Japon c'est toute la boutique des sensations infinitésimales et vastes comme la vague, qui sont mises en peinture pour en faire une sorte de bibliothèque ou une barque solaire et mémorative qui sait voyager au-travers du temps, pour nous rejoindre et nous informer de ce que ces hommes ont su sentir au contact de ces femmes, plus oeuvres d'art que l'art lui-même.

La réalité est encore plus puissante. C'est la leçon que j'ai reçue près de Deila, qui paraissait une icône d'actrice des années 20 ou 30, dans son ensemble noir aux moires de lettrines d'architecture parlante, et sa tête hyperblonde sertie par un col d'oiseau emparadisé en automne, et accentuée par un rose de lèvres sur sa soie de la plus nippone distinction picturale. En visitant plus avant la collection permanente Cernuschi, nous avons, au contact vibrant et fécond de tous ces objets de l'histoire des arts japonais et sous un bouddha immense et massif, devisé de l'importance de la composition et des dispositifs picturaux.

Deila sut rappeler le lieu le plus précieux dans l'oeuvre : qui est la place de l'air qui sait tourner autour des objets ou qui sait créer la perspective atmosphérique. Ainsi de cette maîtrise de la profondeur de l'air, que Vinci puis Monet mirent en oeuvre et Chardin dans ses natures mortes. C'est le lieu de l'art de peindre les sensations. Car la peinture est une invention qui se doit de nous communiquer des lopins entiers de la vie qui passe, et pour qu'elle soit conservée à l'intact.

A la vérité, la peinture sait dépeindre le réel dans sa totalité, quand elle exprime nos sensations et leurs truchements par les dendrites mystérieuses de nos cerveaux, qui sont probablement très éloignés de la réalité brutales que nous ne connaîtrons jamais. L'art est un rêve fabuleux, car nous rêvons le monde dans lequel nous passons sans jamais l'atteindre vraiment. C'est que nous sommes ce vent divin que les artistes japonais nous donnent à voir dans ses effets de tourbillons qui tournevirent, tout comme on les voit et comme on en sent le parfum des sensations, dans les dessins scrutateurs de Léonard de Vinci et la pensée contemplative de Héraclite le prime philosophe occidental.

Demian West

4 comments:

pixel said...

Deila vient du monde liliputien?
Elle me parait bien petite par rapport au vase.
Quant au fond du tableau japonais c'est le palais des glaces, on ne sait plus si ce sont des reflets ou des effets de perspectives.

Demian west said...

Ben non elle fait aussi grande que moi à plus de un mètre septante quatre ou par là. Ca doit être le vase qui cloche... c'est raison du sourire qu'elle me lance flamme...

pixel said...

Oui j'ai bien pensé que c'est le vase qui est très grand, mais je n'en étais pas sûr. C'est mieux ainsi compte tenu des sentiments que tu éprouve pour elle.

Demian west said...

@ Pixel,

Je rappelle que je suis sur la photo mais dans le vase... hi hi hi !