Tuesday, September 30, 2008

Le Classique Jeff Koons

Les oeuvres de Jeff Koons à Versailles ont provoqué naturellement des réactions hostiles et de soutien indéfectible à l'artiste contemporain. Il appert que ce fut exactement l'effet attendu par une telle manifestation. A tel degré que c'est une habitude prise par l'art contemporain et depuis le début du XXème siècle, et donc depuis les primes oeuvres de cet art.

On en conviendra donc aisément qu'il s'agit d'une réelle convention qui concourt à la survenue et à l'exposition réussie de cet art. Si bien que les contempteurs servent les auteurs mêmes qu'ils veulent critiquer. Ne nous cachons pas cette réalité que Jeff Koons était forcément ravi par les réactions hostiles qu'il a su susciter. Car à l'inverse, il en aurait perdu sa légitimité d'artiste contemporain, s'il avait provoqué des seules réactions favorables.

Il y a une sorte de formule manipulatrice dans cet art et sur le mode humoristique. Mais, les critiques s'y laissent toujours prendre, puisqu'ils réagissent de manière impulsive et toujours avec cet espoir d'un retournement de l'opinion contre cet art. Ce qui est de toutes les façons illusoire. Et même un baromètre des libertés. Car si l'art contemporain était généralement rejeté, ce serait le signe d'une régression vers le monde de l'ordre classique mais inerte.

En effet, tous ceux qui se réclament du classicisme hostile à l'art contemporain n'ont guère vécu dans un monde classique, mais dans ses restes ou dans des environnements qui ne correspondent plus aux mentalités qui les ont habités jadis. C'est une culture désormais muséale. Par ailleurs, les classiques contemporains ne sont guère choqués lorsqu'ils font leurs courses dans des supermarchés emplis de mauvais goût dans les rayons, et selon leurs propres critères de jugements. C'est simple, il leur suffit de sortir de Versailles et le kitsch est déjà à l'oeuvre à la rue même, et sans qu'ils en soient choqués, comme ils l'étaient dans les salons à Versailles.

C'est donc bien une sorte de rejet de l'art qui se manifesterait sous couvert de désir d'art classique. Car c'est bien le statut d'oeuvre d'art qui choque. Puisque ces objets du kitsch ou du mauvais goût sont parfaitement acceptés partout ailleurs. Et plus avant, c'est la personne de l'artiste qui est en jeu, puisque l'objet est baptisé "oeuvre d'art" par son seul fait de son choix créatif.

D'une certaine façon, c'est cette liberté du baptême des objets par l'artiste qui est rejetée par une frange activiste de la population, quand la majeure parties des gens a baissé les bras ou plutôt a reconnu la valeur ajoutée des objets dans notre culture prothétique. Qui ne sait pas que sans les objets et notre faculté de les acheter, nous serions condamnés à vivre réellement ? et à prendre conscience de notre état malheureux de personnes jetées dans la réalité sans plus d'autre ressources que de mourir à la fin.

Les objets de notre culture sont des bulles qui nous aident à respirer hors de la réalité. Ils sont une nature recrée et non hostile. Et c'est pourquoi, le kitsch néo-Disney de Jeff Koons manifeste un discours finalement hyper classicisant mais au vif. Puisqu'il voudrait créer une sorte de paradis kitsch et ouaté qui renvoie évidemment au programme du classicisme justement Versaillais : la recherche des origines et de l'âge d'or, quand la nature n'était pas hostile. Tout comme dans les parcs à thème de Disneyland avec leurs animaux audio-animatroniques qui ne dévorent jamais les visiteurs venus s'éjouir la journée.

Il ne faut pas s'y tromper, le classicisme versaillais c'était un spectacle de conjouissance extrême qui voulait extraire l'homme de la nature hostile, et vers un monde des objets uniquement rassemblés pour notre jouissance dans un beau excessif et surabondant. Il n'y a donc aucune contradiction dans la présentation et la monstration des oeuvres de Koons dans ces lieux de l'excès et depuis les origines du classicisme. D'une certaine façon, l'art contemporain provocateur a su rejoindre le discours classicisant, et parce qu'il est entré dans sa phase conventionnelle de la provocation, ce qui est très classique.

Demian West

1 comment:

pixel said...

Beau texte qui donne a réfléchir.
L'art conceptuel isole la banalité pour justement la débanaliser (Jeff Koons) et nous donner la distance que seul le temps nous donne naturellement (Versailles).