Monday, December 03, 2007

Démocratie contre réalisme socialiste de Poutine



C'est clair ! Pas d'erreur ! La Russie de Poutine se paie désormais un art officiel à la dimension buissonnante du pays, et selon le degré soutenu de la plus forte vodka. En d'autres termes, ce sera massif et violent. En effet, la guerre pour la maîtrise de la Culture s'est ouverte, lors d'un débat télévisuel en octobre. Et elle place, d'ores et déjà, ses lignes de front avant le mois de mars prochain. Quand Poutine devrait céder la place, ce qu'il ne sait jamais faire.

En effet, à la fin d'octobre dernier, les téléspectateurs russes purent voter par téléphone pour consacrer l'une des deux parties en présence, dans un débat culturel. D'une part, on vit Nikita Mikhalkov plaider pour la suprématie poutinienne, mais culturelle désormais. C'est nouveau ! Et ça achève bien le projet de domination élargie sur tous les aspects de la vie en Russie. D'autre part, on entendit Viktor Yerofeyev se plaindre de toutes censures par l'Etat, soit depuis la personne de Poutine. Et sur toutes les manifestations artistiques qui inquièteraient, un tant soit peu, le Kremlin et l'Eglise Orthodoxe.

C'est le camp de la contestation qui emporta le conteste à la fin de l'émission. Et franchement, ça ficha un coup de blues givré au première cercle stalinien dedans le Kremlin. Ce qui frappa d'abord, ce furent ces blocs bien détranchés, comme dans une débâcle de glaces sur un grand fleuve au printemps. Car Mikhalkov ne demandait pas moins que la reconduction de Poutine, après la limite constitutionnelle de son mandat de Président. La dictature quoi ! Et il insista bien pour dire que des milliasses d'artistes soutenaient son projet liberticide, qu'il voulut plutôt du despotisme éclairé pour faire passer la pilule. C'est tout pareil ! Puisqu'on dit un peu partout, et par habitude des siècles, que la Russie aurait besoin d'ordre et d'un pouvoir fort. Pour que la Révolution ne fiche plus à nouveau son siècle de terreur et de panique mondiale.

Quand à Victor Yerofeyev, il est le frère de Andrei Yerofeyev qui était le commissaire d'exposition de l'exposition de monstration d'art russe contemporain qui se tint à Paris, il y a quelques semaines. Et qu'elle tourna au gros scandale de la censure diplomatique exercée par les positions dominantes. Jugez-en ! Plusieurs oeuvres dont "Era of Mercy" durent être retirées à cause des pressions du Kremlin agité contre la liberté d'expression à la française, dont d'aucuns ministres durent la pousser sous le tapis et dans un silence qu'on entend encore.

"Era of Mercy" est une oeuvre qui montre deux flics russes en train de se rouler un patin chaleureux dans un bois coquin. Ce qui n'arrive jamais dans ce pays pétri de religion et de bonnes moeurs. C'est du moins la version de l'art officiel subventionné par la force indiscutable du Kremlin. C'est-à-dire selon la façon très efficace et expéditive d'un neuf Ivan le Terrible assez "stalina" dirait Burgess. L'oeuvre glossy fut décrochée pour cause d'humour provocateur. Car cette vertu paraissait trop occidentale pour les hommes de Poutine. Et quand, en revanche, les intellectuels russes se réclament de cette tradition critique et très russe selon eux.

On constate surtout, qu'on peut dire tout ce qu'on voudrait dans l'espace culturel russe, mais à la condition que l'autorité ne se sente ni mise en difficulté, non plus qu'elle se sentirait simplement questionnée. Des auteurs éminents sont molestés et des galeristes sont battus, pignon sur rue, par des équipées sauvages de hooligans. Et sans que jamais, quiconque doive en rendre des comptes. Puisque les autorités ne donnent aucune suite aux plaintes composées dans des ambiances kafkaïennes que l'on devine. Et d'ailleurs, il n'est que de constater que les artistes, dont on a retiré les oeuvres à Paris et donc à l'étranger, ne se sont pas plaints de cette censure manifeste. Car tous auraient compris ce message du gouvernement crypté, qu'il fallait obéir vitement si l'on voulait exister dans le nouveau monde culturel selon Vlad.

La question même de la xénophobie, et de l'hostilité envers les valeurs occidentales, est habilement présentée en des valeurs nationalistes. Et par des discours soutenus et diffusés par Mikhalkov, qui fut un golden boy du cinéma soviétique, et donc selon le style international du "réalisme socialiste" qui s'expose toujours au premier degré. C'est-à-dire que la Russie penche désormais au rebours vers un art officiel totalement illustratif du culte de la personnalité, et illustratif des lignes de force du pouvoir et de la conception convenue des moeurs. Il faut rappeler que le réalisme socialiste fut mis en oeuvre par le pouvoir soviétique en tant qu'outil le plus adapté à sa propagande auprès du Peuple peu cultivé. Et que ce choix mit un terme aux recherches des avant-gardes russes du début du XXè siècle., vers le martyre d'un Malévitch, entre autres

Enfin, Mikhalkov vient d'achever le tournage du clip publicitaire héroïque qui vendra le château Camelote de Poutine pour les prochaines échéances électorales. Et selon les modes artistiques tout droit sortis du musée-congélo des bonnes vieilles recettes qui marchent bien-frappées. Toutefois, il reste que Mikhalkov doit déjà faire face aux troupes d'artistes qui contestent sa version de leurs engagements pro Poutine, que Mikhalkov avait si bien anticipés qu'il tentait plutôt de manipuler l'opinion, dans ce débat qu'il perdit en octobre.

Aujourd'hui, des auteurs dont Alexandr Gelman prévoient un durcissement des conditions artistiques et de la création en Russie. Aussi, ils dessinent la prochaine carte de la longue traversée culturelle dans la vaste steppe citadine plutôt vouée au business des usines à gazprom. D'une part, on gonflera le zeppelin hypertrophié d'un art officiel, qui saura écraser toute insinuation à prétention de rompre l'équilibre de la force gouvernementale et policière. Et d'autre part, des intellectuels en périphérie seront un sanctuaire de la démocratie à centre circulaire, en Russie et dans un espace de la diaspora. On pensera et on créera à nouveau, comme au bon vieux temps des éditions du Goulag, ou quelque chose qui sait évoquer ces mauvaises impressions du souvenir.

Demian West

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