Sunday, May 20, 2007

Kiefer au Grand Palais : Monumenta




Cette année, une nouvelle manifestation intitulée "Monumenta" est initiée à Paris, par l’Etat et par le sortant Ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres. En effet, du 30 mai au 8 juillet 2007, sous la nef espacée de verre du Grand Palais en phare alexandrin de l’art contemporain, vous êtes conviés à rencontrer l’oeuvre de Anselm Kiefer. Le vaisseau de fer et de verre est laissé à la liberté des oeuvres exposées de cet artiste majeur de l’art postmoderne. Bien que de culture allemande et rhénane, il travaille en France à Barjac depuis 10 ans.

Kiefer a été en lien étroit avec Joseph Beuys, qui fut le plus grand théoricien des arts de l’après guerre européen. Ils ont fréquenté la Kunstakademie de Düsseldorf, et toute la révolte des années 70. C’est pourquoi, les oeuvres de Kiefer ne sont qu’une chaîne sans fin des mémoires laissées à la dérive de la Grande Guerre et de la Shoah. Dans ses oeuvres peintes et sculptées, on y voit des matériaux bruts mêlés aux sécrétions humaines symboliques de toutes natures violentées ou exhumées. Des cheveux, des terres et des boues grattées composent ces sortes de toiles, qui se montent en autant de livres et chapelets de bibliothèques sculptés, entre chair et cuir des souvenirs sauvés par les arts. Ce sont des mémoires qui remontent toujours comme la couche d’en-dessous. A force d’y gratter les formes cendrées de nos épouvantes spectrales. Et même, si nous n’avons pas vécu ces temps ruinés par la guerre.

Aussi, Kiefer aime-t-il a creuser plus encore les tombeaux des légendes nordiques, dont il est issu naturellement. D’une certaine façon, on peut voir en lui, une manière d’archéologue d’une atmosphère romantique, mais ténébreuse à la Füssli ; avec un peu de la lumière nordique contournant des faux "Songes d’Ossian". Et surtout, Kiefer s’amuse comme un gosse du lumpenproletariat, avec sa pelle et son râteau dans l’Allemagne année zéro. Oui ! Il aime à montrer que le roi est nu, et que les pouvoirs ont toujours couché à leur guise les mythes antiques. Les puissants n’ont-ils pas toujours mis du côté qu’ils voulaient, les arts pour peupler les nuits des cauchemars savants qui savent retenir les peuples dans la servilité bien-utile ? En Allemagne et depuis Arminius jusqu’au nazisme, on y suit la tradition des tortures ou bourrelleries qui travaillent au corps les oeuvres de Anselm Kiefer aujourd’hui. Finalement, on n’est pas artiste allemand, si impunément ou si sereinement, après l’énigme Wagnérienne.

L’artiste contemporain Kiefer se situe dans le mouvement postmoderne qui aime la représentation réaliste, entre tradition de l’expressionnisme violent et le citationnisme cultivé plus au sud. La couleur est assez absente pour signifier la pensée en soi et loin des parures distrayantes. A tel degré, que Kiefer introduit du texte dans ses tableaux-sculptures. Dans ce courant et en Europe, le tableau est un objet destiné à véhiculer plus sûrement des concepts, selon la programmatique de l’art conceptuel de Beuys. Mais, la partition entre le nord et le sud reste en vigueur, selon l’héritage de la renaissance. On le sait, le sud est plus enclin à la couleur et au festif, quand le nord est plus austère, et tout appliqué à de grandes cérémonies intimes quoique immenses de nostalgie. Et surtout par la force de la mélancolie qui est fondatrice de cette mémoire encline à la tristesse et aux médiations sur les ruines. Jusqu’à les provoquer parfois. On pense à l’oeuvre du philosophe suicidé Walter Benjamin et à son concept du sauvetage du passé par le biais des arts, et de son "aura" qui entretisse par-delà l’inaccessible.

L’année prochaine à la suite de cette exposition, le Grand Palais accueillera le grand sculpteur américain Richard Serra : soit du très lourd et massif Amrica. Et l’année d’après en 2009, nous verrons les étonnants sauvetages du temps passé par le français Boltanski, qui sait toucher du sentiment tout en lustre doux et raffiné à la française.

Demian West

Les vidéos :

Kiefer :

http://www.monumenta.com/2007/index.php ?option=com_content&task=view&id=109&Itemid=9

http://www.monumenta.com/2007/index.php ?option=com_content&task=view&id=95&Itemid=9

http://www.monumenta.com/2007/index.php ?option=com_content&task=view&id=79&Itemid=9

Monumenta :

http://www.monumenta.com/2007/index.php ?option=com_content&task=view&id=59&Itemid=58

Le Grand Palais :

http://www.monumenta.com/2007/index.php ?option=com_content&task=view&id=62&Itemid=58

3 comments:

Anonymous said...

C'est dommage je pensais que les travaux étaient finis au Grand Palais. En plus les chiens chient n'importe où et les fumeurs ne sont pas dénoncés à la sortie ou dans les toilettes.
C'est ça la fin de Mai 68, c'est la chienlit mon brave monsieur.
Helen de 3 et sa vision des peintres d'Etat.
Sinon y a Buren qui a mis plein de cercles chai plus où.
C'est vraiment top.
Fuck you, vile world. Et vive Van Gogh.

activista said...

Je viens de lire un de vos anciens textes sur Agoravox relatant un expo consacrée à l’IS et Debord.
Beau texte et belle tentative de synthèse de cette école de subversion.
Merci.
Bien à vous.

pop said...

je sors de l'expo, et je n'ai ressenti aucune émotion sauf aux tours de béton, le reste est du déja vu post Beuysien qui tente de faire de l'esthétique au lieu de faire du sens, mais apparament, vu les moyens de cette expo et la précipitation dans la librairie au milieu de l'expo, c'est une affaire qui marche, un bon bizness pour une oeuvre qui ne vaut rien mais qui abuse son monde. Ca pue le fric des collectionneurs pathologisés qui veulent leur deux chiffres de rapport par an.